L’autre agriculture: une agriculture récupérée ou investie?


Dans un article récent, nous faisions état d’un diagnostic peu reluisant. Après une année difficile, nous nous posions la question de savoir « qui sauvera nos ferm(i)e(r)s » ? Nous en appelions à la responsabilité des consommateurs eux-mêmes. Ces derniers devant en effet « réfléchir aux valeurs qu’ils veulent mettre dans leur panier et être critiques face aux slogans lancés par les grandes chaînes de distribution ». Si nous reconnaissons qu’une autre agriculture est nécessaire, il nous semble toutefois que ce terme est sinon galvaudé du moins régulièrement récupéré.

Permettez-nous de rentrer dans un débat difficile :

A quelles valeurs en appelons-nous ?
Quelles confusions règnent encore dans le secteur agro-alimentaire ?
Comment une initiative comme Agricovert est-elle en mesure de faire valoir une « réelle différence » ?

Un début de réponse nous semble envisageable à condition de définir ce qu’est l’« alternatif ». Ensuite, il est possible de se positionner par rapport aux alternatives concurrentes.

Contrairement à ce que nous pourrions penser, il semble que le consommateur lambda achète en toute ignorance. Qui ne se laisserait pas facilement berner en visitant les grandes surfaces – voire, dans certains cas, des (plus) petites surfaces ? Pourquoi se battre pour une « autre agriculture » quand les rayons de la grande distribution – mais pas seulement ! – regorgent de produits sur lesquels les étiquettes “biologiques” et “équitables” attesteraient de l’éthicité des produits achetés ?

Choisir un mode d’alimentation « alternatif» est complexe vu la multiplicité des aspects :
– Qualité des produits (biologiques),
– Relations entre consommateurs et producteurs (solidaires, de proximité et de confiance),
– Durabilité des pratiques agricoles.
Ce sont autant de causes qui méritent l’attention et le soutien des consommateurs !

N’en déplaise aux tenants du « diviser pour mieux régner » qui ont tout intérêt (économique) non seulement à se spécialiser sur l’une ou l’autre dimension du problème mais aussi à nous convaincre (à coup de spots marketing) du caractère éthique de leur démarche. L’idée qu’un consommateur soit en bonne santé mais que le producteur soit pauvre, qu’une carotte ait poussée en Wallonie mais que la terre dans laquelle elle ait été cultivée soit stérile, etc. nous semble insensée.

Ne cédons pas aux chants mélodieux des sirènes de l’éthique et souvenons-nous que l’idéal alternatif se conjugue au pluriel et que les causes agricoles sont souvent abordées de façon partielle.

Ne nous laissons pas trop vite séduire par les mots. Dans un contexte où les repères se brouillent, il nous paraît important de faire comprendre à l’ensemble des consommateurs que se poser les bonnes questions revient à ouvrir les yeux sur l’entièreté des problèmes agricoles. Dans cette logique, l’agriculture alternative (tant au point de vue de la production que de la distribution) est moins récupérée qu’investie de mille et une façons – et c’est sans doute tant mieux. Ni le “circuit-court”, ni le “commerce équitable” ni la “production biologique” ne suffisent à eux seuls pour penser un engagement “alternatif” digne de ce nom.

Si cette note fait le pari de la clarté, elle ne pêche pas par un manque d’humilité. Nous n’avons très certainement pas répondu ici de façon définitive aux problèmes posés. Cela étant dit, il nous semble toutefois que ce bref rappel constitue une véritable contribution aux débats citoyens actuels. N’hésitez donc pas à prendre connaissance de notre nouvelle charte et voyez comment nous déclinons nos engagements en règles et actions concrètes.

Thomas, pour le pôle consommateur

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