Des pommes… des poires … et des Scoubidoubi-ou


En pénurie au début 2018, en surnombre en septembre malgré la sécheresse, la production de pommes fait les montagnes russes. Pour tenter de comprendre les caprices de production des pommes et des poires, nous avons visité la Ferme du Gasi, le verger coopérateur-partenaire d’Agricovert.

La Ferme du GASI

En 2013, la Ferme du GASI s’établit à Incourt en achetant un verger existant, âgé de 15 ans, que Gabriel et Simon Van Parys vont s’atteler à convertir en bio sur 3 années. Après cette première phase, ils continuent d’investir en agrandissant le verger, qui compte aujourd’hui 4 hectares, parallèlement à une diversification en culture maraîchère (légumes et verdures).
L’investissement est un élément indispensable et s’envisage avec patience car pour la culture de fruits le retour sur investissement est éloigné de plusieurs années : un pommier planté une année ne donnera des fruits commercialisables que 3 à 4 années plus tard.
La Ferme du Gasi est remarquable à deux égards : l’exploitation a réussi sa conversion en bio et la commercialisation se déroule majoritairement en direct.

Les vergers bio pas une évidence

Seuls une petite vingtaine de producteurs de pommes sont entrés dans une démarche bio en Wallonie, la production reste très majoritairement en conventionnel. La raison semble cependant plus économique que liée à des pratiques de cultures trop contraignantes. Le rendement d’un verger conventionnel se situe entre 25 et 35 tonnes par hectare, alors qu’en bio, on atteint maximum 25 tonnes. La démarche de production en biologique amène son lot de contraintes mais permet aussi quelques opportunités. Les variétés à haut rendement en conventionnel (Jonagold entre autres) sont moins productives en bio. Cela permet d’explorer et de préserver des variétés moins courantes mais plus originales et savoureuses. Dans cette optique, la ferme est partenaire d’un projet de recherche et va lancer un nouvel espace verger avec des variétés sélectionnées dans le cadre de cette réflexion visant à déployer des variétés plus efficaces en bio.

Commercialisation en direct

La deuxième particularité est le choix de vendre majoritairement en direct, sur les marchés et à la coopérative. Cela permet un meilleur retour pécunier sur la production et impacte directement les conditions de production. En général, Gabriel estime qu’un producteur a besoin d’exploiter un verger de 8 à 10 ha pour être rentable s’il vend à des grossistes. La Ferme de Gasi compte actuellement 4 ha et emploie 7 personnes toute l’année, et un peu plus en période de récolte.

La pollinisation

Celle-ci reste un enjeu clef pour la culture. Même si les poires conférences sont capables de produire sans pollinisation, le résultat reste hasardeux et le reste de la production est totalement dépendant du travail des abeilles. A la Ferme du Gasi, on aide la nature en installant des gros morceaux de bois criblés de petits trous pour permettre aux abeilles solitaires d’y hiberner et être ainsi sur place au retour du printemps. Les abeilles solitaires étant en outre de meilleures travailleuses que celles de ruches, peu limitées par la température et actives à tout moment de la journée.

2019, le raz de marée de la pomme ?

Les aléas climatiques ont une influence sur l’ensemble des cultures mais pour les arbres fruitiers les effets ne sont pas directs. En effet, une année prépare la suivante voire la production de deux années plus tard. Ce qu’ont subi les arbres en 2017 et 2018 a donc des impacts certains et déjà prévisibles sur les récoltes de 2019 et 2020. En 2017, après un printemps précoce, une vague de gelée le 20 avril a brulé 90% des fleurs de fruit. Les arbres ont donc peu porté et ont réagi en produisant beaucoup de boutons dans la suite de la saison. En 2018, point de gelée, les boutons plus nombreux ont développé plus de fruits, qui ont eux-mêmes ensuite souffert de fortes chaleurs ainsi que d’un manque d’eau. A l’inverse donc, les arbres en souffrance cette année ont réduit leur activité et bloqués leur croissance. L’impact à court terme est une réduction de la taille des fruits, malgré de grandes quantités. Pour les prochaines récoltes, il est fort probable qu’il y aura moins de boutons de fleur en 2019 et les branches où auraient dû fleurir de nouveaux fruits en 2020 sont plus petites voir inexistantes. Une nouvelle pénurie se prépare peut-être pour 2020…

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